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Une tempête a frappé le Roussillon le 26 décembre 2025 : retour sur les phénomènes observés.
C'est un “coup d'Est” qui a frappé la côte à la fin du mois de décembre. L'impact sur les plages s'explique par une combinaison de forçages météo-marins et une “morphologie héritée”.
La veille météorologique : une clef pour prévoir les impacts
Les tempêtes sont l’un des moteurs de l’évolution des plages. Ainsi, elles sont suivies grâce à des prévisions et observations partagées en ligne (exemples : prévimer, windy). Depuis 2007, le BRGM Occitanie s’attache à les documenter, et depuis 2012, il anime “le réseau tempêtes”, financé par la DREAL et permettant de centraliser les prévisions et les observations depuis 1940.
Les données de forçages (vent, houle, niveau marin) et les observations locales permettent d'identifier les périodes d'agitation et donc d'impact sur le littoral.
Les phénomènes observés fin décembre étaient générateurs d’impacts sur les plages :
- Un vent marin venant de l’Est (110°N), jusqu’à 78km/h le 26 décembre à 13h à la station de Leucate.
- Une houle (vagues) d’Est (80°N) jusqu’à 4,1m de hauteur significative au large de Leucate (cette hauteur de houle correspond à une tempête de période de retour annuelle, c’est à dire qu’elle a une chance d’arriver chaque année).
- Un niveau marin, dépendant de la pression atmosphérique, surélevé d’une trentaine de cm.
Depuis les tempêtes de 2020, dont Gloria (illustrations ci-dessous), le Roussillon n’avait pas connu de coup d’Est aussi significatif.
Le système sableux impacté
L’impact de ces phénomènes dépend également de leur durée, une quarantaine d’heures dans notre cas, de la concomitance avec les crues et de la “morphologie héritée”. C'est-à-dire l’état du système sableux avant l’arrivée de la tempête. On ne peut pas analyser une tempête indépendamment du contexte qui l’a précédée. En novembre et en décembre 2025, une succession de petits coups de mer ont fait bouger le système sableux. À tel point que la plage de Sainte-Marie par exemple était morphologiquement dans une situation “post-hiver”.
Les effets de la tempête du 26 décembre étaient bien visibles sur les points les plus sensibles, voici quelques exemples :
- Leucate : submersion de la plage nord. Cette plage large a la capacité de dissiper l’énergie des houles mais sa faible altitude et l’absence de relief dunaire contribuent à la submerger.
- Torreilles : submersion de la plage centrale. On observe des laisses de mer sur plusieurs mètres. La submersion y est favorisée par l’érosion forte observée depuis plusieurs années : le trait de côte recule, l’épaisseur et la largeur de la plage se réduisent. Ainsi environ un mètre d’épaisseur de plage a disparu entre 2013 et 2024. Les sites d'implantation des concessions de la plage sud ont particulièrement été touchés avec un départ de sable important mettant à nu les équipements.
Un peu plus au Sud, près du Bourdigou, la mer a complètement submergé la plage et le cordon dunaire, c'est la clôture en arrière dune qui a retenu la laisse de mer.
- Sainte-Marie-la-mer : affouillement de la plage du Spot. Les vagues sont venues saper la base du baladoir déjà bien fragilisée par les coups de mer de novembre et début décembre. Les blocs de soutènement étaient déjà apparents. Les ouvrages en ganivelles ont permis de faire tampon entre 2022 et 2024 mais, actuellement, le stock sableux restant n'est pas suffisamment conséquent, et l’érosion est bien visible.
En remontant l’historique photographique depuis 2019, on constate clairement l’effet bénéfique des ganivelles sur l’ensablement et la végétalisation, donc sur la fixation du cordon dunaire.
En complément, on peut se remémorer la situation de décembre 2014, une tempête similaire, en hauteur de houle, a eu des effets plus érosifs, bien visibles sur le baladoir piéton.
- Canet : la plage du Sardinal a bien réagi à la tempête malgré quelques témoins d’érosion. L’embouchure de la Têt a retrouvé une largeur conséquente.
- Saint-Cyprien : départ de sable sur la plage Rodin. Cette plage avait bien répondu aux coups de mer de l’automne, la dune artificielle aménagée au printemps 2024 a permis d’amortir les houles.
En cette fin décembre, les effets de la tempête ont tout de même pu être contenus malgré des dégâts sur la première ligne de ganivelle, en pied de dune.
- Argelès : submersion et transfert de sable sur la plage du Racou. Cette plage, au fonctionnement particulier, ne s'est pas particulièrement érodée depuis 10 ans (+ 4cm d’épaisseur de sable cumulée sur la plage émergée entre 2014 et 2024, + 37cm sur la plage immergée). Cependant, son environnement rocheux, et le peu d’espace disponible pour dissiper la houle, la rendent sensible aux aléas côtiers.
On y observe, pendant la tempête, une submersion transportant le sable du trait de côte vers le haut de plage et même au-delà.
Après la tempête, les points durs, notamment au sud, ont provoqué de l’affouillement, c'est-à-dire une érosion identifiable par une baisse de la hauteur de sable.
Capitaliser la connaissance et atténuer les prochaines tempêtes
Les partenaires de l’ObsCat œuvrent à mieux comprendre le fonctionnement du littoral sableux catalan, du Racou au Cap Leucate. Les tendances à moyen et long terme, c’est à dire la quantification de l’érosion (quand elle est à l'oeuvre) sur plusieurs années et plusieurs décennies, intéressent particulièrement les scientifiques et les gestionnaires.
Les tempêtes sont néanmoins des épisodes courts qui restent pertinents à suivre pour comprendre l’exposition des territoires aux risques côtiers dans un contexte de changement climatique.
Les webcams de suivi du littoral nous renseignent sur les phénomènes de submersion et d'érosion. Celle installée à Sainte-Marie par le BRGM a notamment permis d’observer l’alignement nord-sud de la falaise de haut de plage par une érosion progressive même après le pic de houle.
webcam par Provence Lanzellotti
Les photographies ont été prises sur le terrain par les gestionnaires et les experts de l’ObsCat pour capitaliser des observations qualitatives et estimer la position de la laisse de mer par exemple.
Ces photos sont archivées au sein d’albums partagés en ligne, plage par plage.
Pour certaines tempêtes, des levés topographiques peuvent être organisés, afin de mesurer l’altitude de la plage avant et après l’évènement (exemple ici un levé au DGPS, à Sainte-Marie, par l’équipe du Cefrem-UPVD, qui servira aux projets DuneFront et DUAL mais également à alimenter à la base de données locale).
Des images satellites “pléiades” mises à disposition par le Parc naturel marin du golfe du Lion peuvent aussi être récupérées pour localiser le trait de côte.
En cohérence avec les observations, quelques préconisations de gestion peuvent être identifiées à court et long terme :
- Éviter de nettoyer mécaniquement l'ensemble de la laisse de mer. Les éléments les plus volumineux et posant des problèmes de gestion comme les troncs peuvent être évacués mais l'essentiel de la matière organique doit rester dans l'écosystème littoral.
- Ramener sur la plage un maximum de sable déposé sur la voirie par la tempête.
- Identifier les points les plus sensibles aux coups de mer imminents pour sécuriser les lieux.
- Laisser les plages moyennement impactées se reconstruire naturellement avant de mener des travaux de reprofilage ou réensablement.
- Ne pas intervenir sur les plages naturelles, excepté pour clôturer les écosystèmes les plus sensibles à la fréquentation.
- Gérer les accès à la plage qui ont été identifiés comme des faiblesses morphologiques et des points de submersion.
- Préparer le recul des points durs frontaux de haut de plage les plus proches du trait de côte et générateurs d'érosion.
La mer a besoin d'espace pour modeler les plages de demain
Cette tempête n'était pas exceptionnelle, elle résulte d'une conjonction de facteurs à l'origine de la mobilité du littoral. Sur les secteurs les plus sensibles, ce type d’évènement a des impacts intenses et très localisés malgré un faible niveau de forçage (hauteur de houle d'occurrence annuelle).
Ici comme ailleurs, l'eau de mer se dilate et se déplace, elle peut s'étendre jusqu'à recouvrir les plages émergées et au-delà. Elle a besoin d'une marge de mobilité, d'un espace de respiration libre d'obstacle pour ne pas impacter négativement le système littoral. Les mouvements transversaux de sable entre le milieu marin et le milieu terrestre sont naturels et essentiels au bon fonctionnement du littoral. Leurs limites à terre matérialisent le périmètre naturel d'action de la mer. Cette marge de mobilité ne crée pas de problème quand le système littoral est suffisamment large et équilibré. En revanche, en l’absence de stocks sédimentaires suffisants, notamment sous la forme de dunes, les apports sédimentaires et biologiques contribuant à l’écosystème sont perdus.
Ce mécanisme est d'autant plus à prendre en compte par les politiques de gestion dans le contexte actuel de changement climatique, marqué par une élévation du niveau marin déjà observée et estimée à +20cm d'ici à 2050.
D’autres dynamiques sont également à prendre en compte, la problématique la plus importante concerne les zones urbaines. Les fronts de mer artificialisés pourraient perdre leurs surfaces de plages, composantes pourtant essentielles de l'habitabilité et de l'attractivité de ces territoires.
Source des photos :
ObsCat (Aurca - PMM - CCSR - CCACVI - BRGM - UPVD), DDTM66, Ville de Saint-Cyprien, Ville de Torreilles, anastasiaprty.com/aviation.
Références, pour aller plus loin :
Le film "du Racou au Cap Leucate, un littoral en mouvement"
La synthèse de 10 ans de connaissance".
Le cahier régional Occitanie sur les changements climatiques"
Gestion et valorisation des bois flottés des plages d’Occitanie"